9.2 Les vignes

Commençons par raconter les vignobles qui contribuent à produire le Barolo Docg Le Vigne. Ils sont au nombre de cinq : Vignane à Barolo, Merli à Novello, Baudana à Serralunga d'Alba, Villero à Castiglione Falletto et Le Coste di Monforte à Monforte d'Alba.
Un élément essentiel a été Vignane à Barolo, une Mention Géographique Additionnelle qui, surtout au cours des 25 à 30 dernières années, s'est imposée par ses qualités techniques. Outre les facteurs pédologiques et environnementaux, la vigne de Vignane présente une caractéristique structurelle importante : la commodité que lui confèrent une pente modérée et la facilité d'accès.
Luciano fut séduit par ce vignoble parce qu'il en avait entendu maintes fois les louanges de la bouche de Disma Abbona, un parent de la famille Abbona des Marchesi di Barolo. Dans cette zone, Disma possédait une vigne principalement plantée en Nebbiolo mais avec quelques pieds de Favorita, avec ces grappes gonflées et dorées, très belles, qu'il offrait habituellement à la famille de Luciano. Mais Disma Abbona n'était pas disposé à vendre. Luciano chercha donc d'autres solutions. Il suivit notamment pendant longtemps un certain Ginetto, un vrai gentleman à Barolo, toujours élégant, souvent vêtu d'une chemise et d'un pantalon blancs. Il était si singulier que, dès les années 1970, il allait déjà passer l'hiver aux Canaries, alors que les autres allaient tout au plus sur la côte ligure. Après maintes tentatives, Luciano réussit à s'emparer du vignoble de Vignane, en le prenant d'abord en location au début des années 1980, puis en l'acquérant au milieu des années 1990.
Exposée à l'ouest, cette vigne apporte au Barolo Le Vigne une douceur sans pareille. Elle est située à mi-coteau, sur un terrain en glissement de versant, où l'eau ne manque jamais.
Vint ensuite une vigne dans la Mention Merli à Novello, un village qui n'a jamais été particulièrement apprécié pour le Barolo. La seule Mention de Novello qui jouissait d'une bonne considération même par le passé était la Ravera, partagée avec le village de Barolo.
Le faible intérêt suscité par Novello provenait probablement du fait qu'une grande partie de ce village est tournée vers la vallée du Tanaro, d'où arrivent, surtout dans les millésimes les plus difficiles, des courants froids et humides néfastes pour la qualité d'un vin comme le Barolo. Aujourd'hui, avec une situation climatique modifiée par la hausse des températures et des précipitations réduites, avoir de la neige en hiver, quelques dixièmes de degré de température en moins et un peu plus d'humidité en été contribue à produire un Barolo élégant et équilibré. Cela doit être perçu comme une contribution à la biodiversité, qui lors des derniers millésimes est devenue utile car elle complète le vin. Ainsi, une gestion agronomique méticuleuse et attentive, conjuguée aux changements météorologiques récents, a permis de produire même à Novello un Barolo très intéressant, avec un caractère balsamique, tropical, aux notes de pêche et de noyau.
Baudana est une Mention Géographique Additionnelle de Serralunga d'Alba, qui commence sur la crête collinaire pour descendre avec une exposition sud puis se prolonger vers l'ouest en longeant toute l'arête de la colline. La partie la plus élevée de la vigne Sandrone est presque plane. Pour être plus précis, elle présente une légère pente en direction ouest-nord-ouest, offrant une vue sur le Rocciamelone à 270 degrés sur l'ensemble de l'arc alpin septentrional, du Bric Mindino jusqu'au Mont-Rose, avec pour point focal l'inimitable Monviso.
Avec l'acquisition de ce vignoble, Luciano réalisa l'un de ses grands rêves : caractériser son Barolo de style classique d'assemblage avec une partie des raisins de Nebbiolo provenant de Serralunga d'Alba, notoirement capables d'apporter structure et plénitude.
Même illuminé et fasciné par la Bourgogne, Luciano ne se comporta jamais de manière excessive en cherchant à vinifier séparément chaque vignoble ou chaque Mention Géographique Additionnelle.
Il est vrai qu'il commença par vinifier les raisins de Cannubi Boschis, mais il le fit parce qu'il estimait que le vignoble de cette zone était l'un des rares capables de se suffire à lui-même et de générer un Barolo complet.
Cependant, son rêve a toujours été le Barolo d'assemblage. Il aimait l'idée de posséder plusieurs vignes situées sur des collines différentes dans la zone d'origine de ce vin, de les vinifier séparément, puis, d'année en année, de rechercher l'assemblage optimal. Il se sentait comme un chef d'orchestre qui doit harmoniser les différents instruments et trouver l'harmonie : ainsi devait être son Barolo.
Dans l'identification et l'acquisition de la vigne à Baudana, le géomètre Ugo Ferrero a joué un rôle stratégique, lui qui est toujours resté aux côtés de Luciano dans toutes les activités liées à la sélection des vignes et aux diverses opérations d'achat.
À Castiglione Falletto, Luciano avait choisi Villero, mais ce n'était pas facile d'y accéder. Il ne cherchait pas une vigne quelconque. Les Rocche di Castiglione ne lui convenaient pas non plus, qu'il estimait trop semblables à Cannubi à Barolo. Pour Luciano, Villero était la pièce maîtresse pour donner du caractère au Barolo Le Vigne. Il la chercha longtemps, jusqu'au jour où Sergio Moscone l'aida dans ce projet, lui qui se sentait probablement un peu redevable envers Luciano pour ne pas l'avoir aidé à atteindre l'une de ses vignes cibles à Monforte d'Alba.
Villero confère au Barolo Le Vigne une belle note d'élégance et de finesse, celle qui caractérise les terroirs au cœur de la zone du Barolo : comme une clarinette au milieu d'instruments plus puissants tels que les trombones.
La vigne de Villero est exposée au sud-ouest et fait directement face au village de Barolo et à la longue colline des Cannubi. C'est une zone en forme de berceau, très protégée, peu soumise aux vents, capable de s'épanouir et de donner d'excellents résultats même dans les millésimes les plus frais.
La dernière vigne pour ce Barolo est dans la Mention Le Coste di Monforte à Monforte d'Alba, exposée au sud et située sur la limite méridionale de la zone du Barolo. C'est une vigne qui semble faite pour contrer le changement climatique en cours ces dernières années : excellente exposition, altitude accentuée et influence directe et positive de la proche Alta Langa, qui génère de la « fraîcheur » sans les effets négatifs du froid et de l'humidité provenant du Tanaro.
Curieux aussi est le mécanisme par lequel Luciano réussit à s'emparer de ce vignoble. Ce ne fut pas grâce aux bons offices de Sergio Moscone, qui pourtant fréquentait ces zones. À Monforte d'Alba, Luciano y arriva seul.
Après avoir construit en 1999 la nouvelle cave, Luciano reçut dans son domaine un vieil ami qu'il n'avait pas vu depuis longtemps. Il s'agissait de Dino Gastaldi, lui aussi producteur de vin dans la zone du Barbaresco et propriétaire d'une vigne dans la zone du Barolo, précisément à Monforte d'Alba. Gastaldi demanda à Luciano s'il était disposé à vinifier pour lui quelques raisins de Nebbiolo da Barolo produits dans ce vignoble.
Luciano, au nom de cette ancienne amitié, accepta et ainsi, pendant quatre millésimes consécutifs (de 1999 à 2002), il vinfia ce petit lot de Nebbiolo da Barolo. Il put ainsi se rendre compte de la qualité particulière de ces raisins, même dans des millésimes pas entièrement favorables comme 2002.
À Noël de cette année-là, lors d'une rencontre post-vinification, Luciano fit presque en plaisantant une curieuse proposition à Gastaldi : "Si un jour tu décidais de vendre cette vigne de Monforte d'Alba, s'il te plaît, dis-le-moi."
Et c'est ce qui arriva. Gastaldi tint parole et en 2018 revint trouver Luciano avec une proposition très intéressante : il était prêt à lui donner en location ce vignoble, avec la possibilité de le lui vendre un jour.
Ainsi le cercle se ferma. Le Barolo Le Vigne avait ses « vignes » idéales d'où produire les raisins pour un vin d'excellence. L'orchestre était au complet avec des musiciens de premier rang. Désormais, il ne restait plus qu'à bien la diriger et à la faire jouer de façon harmonieuse.

Aujourd'hui c'est le Barolo Docg Aleste, mais à l'origine c'était le Barolo Docg Cannubi Boschis. Et il y a plus encore : dans le langage courant, la vigne d'où Luciano était parti pour avoir une propriété à Cannubi était appelée Monghisolfo, ou plutôt Monghisolfo di Cannubi. Renato Ratti, dans sa Carte pionnière des vignes du Barolo, l'avait indiquée sous le nom de Monghisolfo ou Cannubi Boschis.
Luciano l'acheta en 1977 au "Re cit" (le Petit Roi), de son vrai nom Giovanni Carlo Cabutto, ainsi surnommé parce qu'il était petit comme un roitelet, l'oiseau qu'en piémontais on appelle ainsi.
De ce vignoble, petit mais prestigieux, Luciano bâtit un projet important, passé par l'acquisition d'autres parcelles, toujours petites et parfois laborieuses à obtenir.
Certains viticulteurs se sont proposés pour vendre leur vigne à Luciano, d'autres ont été suivis dans le temps jusqu'à la décision définitive.
Puis il devint de plus en plus difficile non seulement d'acheter, mais aussi de prendre des vignes en location. La dernière petite parcelle fut acquise en 2015 et ainsi la propriété Sandrone à Cannubi trouva sa physionomie définitive.
De cette vigne qui mesurait à peine une journée piémontaise (3 810 mètres carrés), pas à pas, la surface actuelle est d'un hectare et demi. Et à l'avenir, sauf changements radicaux de situation, il sera difficile d'agrandir cette propriété.

Dans sa vie, Luciano s'est engagé dans de nombreux paris importants. Celui qui l'impliqua le plus et le plus longtemps fut celui du Barolo Docg Vite Talin. À la base de ce pari se trouve le premier vignoble que Luciano commença à conduire en 1974, celui de Le Coste à Barolo, juste au-dessus du centre du village, un véritable sorì du matin, d'une superficie d'environ 5 000 mètres carrés. Luciano n'avait pas encore trente ans, mais il avait compris que la terre à cultiver, celle qui produisait les Nebbioli da Barolo, était son espace naturel.
À la vigne de Le Coste s'en ajouta peu après une autre à Rivassi, nom pas très glorieux au regard de son sens piémontais (rive en friche). Mais la parcelle était commode, contiguë à l'est à Le Coste et de surface modeste, environ 2 000 mètres carrés. Dans cette zone, la commune de Barolo avait prévu une zone résidentielle pour la construction de villas, mais le projet avait été abandonné. Il s'agissait d'une zone presque plane, située en aval de la route provinciale qui monte vers Monforte d'Alba.
Elle pouvait compléter le premier vignoble de Luciano et ainsi, entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, il l'acquit.
Le dernier vignoble du Barolo Vite Talin est celui situé dans la zone appelée Drucà, qui en piémontais signifie « tombé ». C'est l'une des vignes où Luciano avait tenté de multiplier la vite Talin et de l'expérimenter dans la production spécifique du Barolo. À cette époque, c'était une parcelle complètement isolée des zones de viticulture, mais aujourd'hui elle en constitue un tout indissociable.
L'origine de la parcelle et de son nom est particulièrement curieuse : dans cette zone se trouvait autrefois l'ancien cimetière de Barolo, où l'on enterrait aussi les morts de guerre (les Drucà).
Pour la rendre gérable et praticable, la commune de Barolo l'avait offerte à un viticulteur du village afin qu'il l'assainisse. Le viticulteur l'assainit et puis, progressivement, commença à la cultiver en y plantant des vignes, mais de manière désordonnée : il y avait mis un mélange de cépages de peu d'intérêt pour qui aurait voulu en faire du vin. Ainsi, quand Luciano la prit en location avec un contrat à long terme, il décida de la replanter, cette fois avec les plants du projet Vite Talin qu'il développait. Exposée au nord-est, elle a une superficie d'environ 2 200 mètres carrés.

La Barbera d'Alba Doc est le résultat de l'assemblage de quatre vignobles sélectionnés progressivement dans différentes parties de la zone du Barolo. Commençons le récit avec le vignoble des Rocche di San Nicola, à Novello, une parcelle située pratiquement au-dessus du village de Monchiero et donc orientée au sud-est, d'une superficie de 1,90 hectare.
Au début des années 2000, alors que l'attitude envers les vignes de Novello commençait à devenir de l'appréciation, Luciano eut la chance de trouver ce terrain, à ce moment-là pratiquement en friche, mais présentant toutes les caractéristiques d'un beau vignoble à Barbera. Après un grand travail de défrichement et de nettoyage, Luciano comprit rapidement que c'était le bon endroit pour planter le cépage Barbera et ainsi, en peu de temps, le projet devint réalité, à côté des vestiges de cette chapelle dédiée à San Nicola, expression sincère de la religiosité populaire qui a souvent guidé le chemin des gens sur ces collines.
Toujours à Novello, dans la Mention Géographique Additionnelle Ravera, Luciano sélectionna une vigne qui regarde vers le nord-est et le village de Barolo. Ravera est partagée entre les deux villages (Novello et Barolo), mais cette vigne est encore localisée dans la commune de Novello. À propos de cette vigne, tout commença par une relation de bon voisinage entre Luciano et le propriétaire de la parcelle, le signor Gigi Germano, qui avait exercé le métier de maçon mais avait toujours eu une bonne disposition pour la viticulture. La relation débuta par l'achat des raisins produits dans cette vigne, puis par la définition d'un contrat de location et, enfin, par l'acquisition des quelque 20 000 mètres carrés de cette parcelle.
Sur la partie la plus haute de la crête collinaire qui descend de Monforte d'Alba vers Perno et Castelletto se trouvait une ferme de Langa typique, orientée au sud, entourée de vastes terres. Luciano avait acheté des raisins à celui qui détenait les deux tiers de cette propriété, maison comprise. L'endroit portait un nom original, un peu curieux : Pé mol (en piémontais « pied mou » ou « mal assuré »), qui venait du fait qu'un des anciens de la famille avait un pied abîmé et marchait en le traînant. Entré en contact d'abord comme acheteur de raisins, Luciano développa peu à peu une relation de confiance avec les habitants de cette ferme et ainsi, en 2000, quand les propriétaires décidèrent de vendre, Luciano se manifesta avec une certaine prudence. Son domaine avait déjà consenti un engagement important avec la construction de la nouvelle cave et une exposition supplémentaire l'inquiétait. D'autre part, il craignait que la demande pécuniaire ne soit élevée, même si dans cette zone on cultivait surtout du Dolcetto et du Barbera et que la présence du Nebbiolo y était sporadique. En réalité, la demande fut nettement inférieure aux attentes et l'achat fut rapidement formalisé.
Pendant trois ans, portée par l'enthousiasme, ces vignes produisirent un vin dénommé Langhe Doc rosso à base de raisins Barbera. Bien entendu, ce vin s'appelait « Pemol » en référence à la zone et portait sur l'étiquette l'empreinte d'un pied colorée en violet. Mais ce fut un choix éphémère, abandonné en quelques années.
À Barolo, enfin, se trouve la vigne Albarella, une parcelle aujourd'hui propriété du domaine, mais qui avait été achetée en 1992 par Luca Sandrone, le frère de Luciano. Cette vigne appartenait à un parent de Talin, de son vrai nom Natale Ronzana, à qui Luciano avait pris en gestion le premier vignoble à Le Coste. De cette vigne, Luciano achetait déjà les raisins pour les vinifier lors des années précédentes.
Orienté au nord-ouest, le vignoble est situé en aval de la route provinciale des Cannubi, pratiquement sur le versant opposé à Cannubi Boschis. Aujourd'hui Albarella est une Mention Géographique Additionnelle du village de Barolo et est souvent cultivée en Nebbiolo da Barolo, alors que dans le passé ce cépage si exigeant y était peu cultivé.

Reste à raconter les vignes dédiées à la production du Nebbiolo d'Alba Doc Valmaggiore et du Dolcetto d'Alba. Pour des raisons diverses, nous évitons d'y revenir ici : pour le Nebbiolo d'Alba, le récit se retrouve dans le chapitre spécifique consacré aux années 1990.
Quant au Dolcetto d'Alba, la superficie totale est d'environ quatre hectares et comprend quatre vignes situées dans des zones déjà évoquées précédemment, à savoir Ravera et Rocche di San Nicola à Novello, Rivassi à Barolo et Pé mol à Monforte d'Alba.

9.1
Les cépages - La réalité

Les cépages

Commençons par raconter le Dolcetto, le cépage du quotidien qui produit le vin du quotidien.

9.3
Les vins - La réalité

Les vins

En premier lieu, dans le respect de la hiérarchie des structures, racontons le Dolcetto d'Alba Doc, vin à Appellation d'origine contrôlée depuis 1974.

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