8.1 Une vigne particulière

Un beau jour, au cœur de cette année-là, Luciano, en marchant entre les rangs d’un très petit vignoble de Nebbiolo, à peine plus de mille mètres carrés, qu’il cultivait dans la zone de Le Coste à Barolo et qui appartenait à un certain Natale Ronzana, tomba soudain sur un pied de vigne à l’aspect particulier, bien différent de tous les autres de cette parcelle. Il avait de petites baies, une végétation un peu chétive et présentait une production nettement inférieure à celle des autres. Le fait d’avoir repéré ce plant parmi tant d’autres lui parut à la fois curieux et inexplicable. Comme trouver une perle au milieu des vagues…
Luciano en fut immédiatement fasciné et, d’une certaine manière, aussi un peu troublé, car cette plante semblait posséder la même philosophie que lui.

C’était en effet une période historique très particulière, durant laquelle prévalait clairement, tant en viticulture que dans la recherche appliquée, la recherche de situations plus stables et quantitativement plus élevées, aussi bien en termes de production que de régularité au fil des ans. Il ne faut pas oublier que la culture de la vigne sortait d’une période assez longue dominée par une agriculture mixte, dans laquelle les résultats productifs d’une exploitation avaient des origines diverses et, en viticulture comme dans les autres cultures, étaient non seulement modestes, mais aussi très différents d’une année à l’autre. Même dans la sélection clonale qui commençait alors à prendre forme, l’objectif n’était pas la qualité à tout prix, mais plutôt une plus grande constance dans le temps et une meilleure performance quantitative par rapport au passé.
Dans les caves aussi, une véritable révolution avait commencé, illustrée de la manière la plus évidente par l’introduction de la barrique, un usage inspiré de l’expérience française de la Bourgogne et qui, à ce moment-là, commençait peu à peu à se diffuser en produisant des effets très différents d’une entreprise à l’autre.

À une telle époque, il paraissait pour le moins étrange que Luciano se laisse fasciner et intriguer par une plante qui produisait moins que les autres : cela soulignait de manière indiscutable sa nette inclination pour la qualité et pour le développement de méthodes de production qui devaient avant tout valoriser le territoire et l’environnement, reléguant au second plan la quantité et les aspects purement économiques.
"Ce qui paraissait encore plus incroyable, observe Luca Sandrone, c’était de constater qu’avant Luciano personne ne s’était aperçu de cette plante si singulière. Même pas le propriétaire du vignoble, qui pourtant l’avait cultivé avec passion pendant tant d’années. Luciano décida alors qu’il valait la peine d’en savoir davantage. D’abord, il voulut découvrir les caractéristiques de la plante dans son évolution au fil du temps. Ensuite, il chercherait à identifier les caractères du raisin dans la production annuelle et, en réalisant une microvinification, ceux du vin qui en serait issu. Sa curiosité fut récompensée : à maturité et au moment de la vinification, les principaux paramètres se révélèrent d’un grand intérêt et Luciano décida ainsi de poursuivre l’enquête, car il voulait être certain que ces constats n’étaient pas simplement le résultat des événements productifs d’une seule année." Luciano décida de garder cette vigne sous observation. Dans son esprit, les pensées et les doutes se bousculaient, passant rapidement du positif à l’incertitude. Et si cette plante n’avait pas été du Nebbiolo ? Quelle déception cela aurait été. Mais d’un autre côté, l’analyse des principaux aspects morphologiques semblait justement confirmer les caractères du Nebbiolo. Mais que se passerait-il l’année suivante ? En 1988, les observations donneraient-elles les mêmes résultats ou seraient-elles différentes ? Qui sait…
Avec ces hésitations dans l’âme, Luciano passa les mois d’hiver entre 1987 et 1988 et, à l’approche du printemps, reprit le travail de la vigne avec encore plus d’enthousiasme qu’auparavant. Il avait compris que la seule façon d’obtenir des réponses était d’enquêter et commença donc à chercher qui pourrait l’aider à en savoir plus.
Il fallait impliquer les ampélographes qui travaillaient au CNR, le Conseil national de la recherche de Turin, et collaboraient également avec la faculté d’agronomie de l’université de Turin, en particulier la docteure Anna Schneider, que Luciano avait eu l’occasion d’écouter lors de l’une des nombreuses rencontres de vulgarisation consacrées au Nebbiolo dans la zone de Barolo. Mais comment la rencontrer et susciter son intérêt ?

8.2
Il fallait approfondir - Le pari

Il fallait approfondir

Un beau jour, au cœur de cette année-là, Luciano, en marchant entre les rangs d’un tout petit vignoble de Nebbiolo, à peine plus de mille mètres carrés

8.3
Les nouvelles vignes en production - Le pari

Les nouvelles vignes en production

Vers le milieu des années 1990, toutes les vignes préparées avec ce type de plant entrèrent en production. Année après année, les raisins mûrissaient et donnaient davantage de vin.

Téléchargez le livre en PDF et laissez-vous guider
dans une histoire qui entremêle un homme, sa terre
et la famille qui en préserve l’héritage.

Télécharger